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Analyse de la qualité de l'eau potable

Dernière mise à jour : 14 juin 2023

Campagne de mesure de la qualité d'eau potable aux robinets

de 4 riverains en juillet 2022.

Ces riverains utilisent l'eau du lac comme source d'eau potable avec ou sans traitement.


Ce court rapport présente les résultats des analyses de la qualité de l’eau potable à quatre résidences de riverains du Lac Gervais en juillet 2022. Ces analyses ont été complétées dans plusieurs laboratoires universitaires (Polytechnique, UDM, Grill) dans le cadre de projets de recherche sur la qualité des sources d’eau potable et la gestion des cyanobactéries dans les lacs.



1 Normes de qualité d’eau potable

Pour mesurer si l’eau que l’on consomme est ‘potable’, il faut la comparer aux normes de qualité de l’eau potable du Québec. Ces normes sont présentées sur le site du Ministère de l’Environnement, de la lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Le règlement sur la Qualité de l’eau potable (RQEP) s’applique aux installations desservant plus de 20 personnes, donc pas aux installations individuelles. Toutefois, elles permettent de définir la qualité et les besoins de traitement.

De plus, des contaminants traces qui ne sont pas encore tous normés comme les produits pharmaceutiques et certaines toxines algales sont d’intérêt pour comprendre l’étendue de la contamination chimique de l’eau, et surtout pour identifier comment diminuer ou prévenir la présence de ces contaminants.

2 Résultats des analyses

Julie Philibert et moi avons prélevé des échantillons d’eau potable chez quatre riverains le 17 juillet 2022. Les sites couvrent 4 secteurs différents du lac. Les échantillons d’un litre ont été collectés au robinet ou juste avant le système de traitement après au moins 5 minutes de rinçage. L’objectif était de vérifier la potabilité de l’eau, pas de mesurer l’influence de la plomberie interne sur la qualité de l’eau.

2.1 Indicateurs de contamination fécale

La première chose à vérifier est la contamination fécale à la prises d’eau résidentielle. Les résultats obtenus sont présentés au Tableau 1. On détecte E. coli à 2 des 4 sites, et des coliformes totaux excédant 10UFC/L à 3 des 4 sites.

Tableau 1 Résultats des mesures bactériologiques des échantillons d’eau potable – juillet 2022. Un échantillonnage de reprise a été effectué au site EP1 en raison d’une suspicion de contamination extérieure au robinet utilisé.

La présence d’E. coli et de coliformes fécaux indique qu’il y a des sources de contaminations fécales qui proviennent soit des animaux, soit des fosses septiques. Dans les deux cas, consommer de l’eau dans laquelle on peut détecter ces indicateurs comme E. coli présente un risque d’infection par des organismes comme des virus, des bactéries et des protozoaires, à moins qu’un système de désinfection soit présent. Ce risque est assez faible pour la plupart des gens, mais il augmente considérablement pour les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes ayant une immunité réduite (traitement cancer, maladies auto-immunes, etc.).

2.2 Paramètres physico-chimiques

Les concentrations des paramètres physico-chimiques sont présentées au Tableau 2.

· Le carbone organique dissous (COD) indique la teneur en matière organique dissoute, souvent observée par la présence de couleur brunâtre ou jaune dans l’eau. Le COD est un indicateur de l’abondance d’organismes animaux ou végétaux en décomposition. Le COD provient à la fois du lac (production par les plantes, algues et cyanobactéries), mais surtout des apports de lessivage des sols transportés par les tributaires (ruisseaux, bassin versant, etc.). Les concentrations de COD mesurées sont faibles et typiques de celles de lac dans les Laurentides. Elles sont significativement plus faibles que celles du Lac Tremblant.

· Le pH est quasi neutre.

· Le contenu en ions (chlorures, nitrates, nitrites, bromures, ammonium) est faible et confirmé par la conductivité. Le magnésium est aussi faible et indique une eau douce.

· En gros, l’alcalinité́ est la concentration en carbonate et bicarbonate de calcium dans l’eau. Elle indique la capacité de neutraliser un acide. L’alcalinité du lac est faible et typique d’un lac oligotrophe indiquant un pouvoir tampon minimal.

· Le phosphore total est aussi faible. Les mesures d’azote (ammonium, nitrite et nitrates) et de phosphore serviront à l’interprétation des niveaux de nutriments dans le lac (échantillonnage de l’eau du lac). Les valeurs de phosphore mesurées classent le lac dans un niveau trophique oligotrophe. Elles sont toutefois plus élevées que celles mesurées dans le Lac Tremblant qui est classé comme ultra oligotrophe.


Tableau 2 Résultats des mesures physico-chimiques des échantillons d’eau potable – juillet 2012 – mesures effectués à Polytechnique, UdM et Grill.


2.3 Métaux

Les résultats des métaux sont présentés au Tableau 3.

Tableau 3 Résultats des mesures de métaux des échantillons d’eau potable – juillet 2012 – mesures par ICPMS.

Les normes dans l’eau potable sont de 5 ug/L de plomb, 1000 ug/L (1mg/L) de cuivre et 10ug/L d’arsenic. Le calcium est un métal non normé et indique la dureté calcique qui est faible

Généralement, les concentrations de cuivre et de plomb sont très faibles sauf à une résidence. Une concentration de 6 ug/L de plomb dans l’eau rincée 5 minutes indique la présence probable d’une entrée de service en plomb. L’eau du lac est faiblement minéralisée (alcalinité, conductivité et dureté faibles) et donc agressive envers le cuivre le plomb. Le plomb et le cuivre dans les résidences proviennent en partie de la plomberie interne (conduite de plomb, pièces de laiton contenant du plomb), alors que l’arsenic et le calcium proviennent de la source.

A noter que les concentrations de cuivre et de plomb augmenteront après une stagnation dans la plomberie. Les concentrations augmentent avec la stagnation par un facteur variant de 2-5X par rapport aux valeurs trouvées après rinçage de 5 minutes. Pour les riverains dont la plomberie date d’avant 1990, il serait utile de vérifier la présence d’une conduite de plomb. Dans ce cas, il est probable que les concentrations dépassent fréquemment la norme de de plomb.

Les concentrations d’arsenic sont très faibles.

2.4 Contaminants traces

Finalement, des analyses de contaminants traces ont été effectués par le Laboratoire de chimie environnementale de l’université de Montréal du professeur Sébastien Sauvé dans le cadre du programme Adopte un Lac (https://fas.umontreal.ca/adopte-un-lac/). Ce programme permet de mesurer des cyanobactéries et des toxines algales dans des eaux de lac à travers le Québec. Compte tenu des faibles teneurs en chlorophylle et en phycocyanine mesurées, les probabilités de détecter des toxines étaient quasiment nulles. C’est pourquoi nous avons procédé è la mesure des composés traces suivants :

· la caféine, un indicateur de présence humaine récente et d’impact des eaux usées car facilement dégradable

· 4 médicaments :

o la carbamazépine, un anti convulsif et antidépresseur très persistant dans l’environnement

o le diclofénac, un anti-inflammatoire non stéroïdien persistant et ayant des effets nocifs importants sur la faune et la flore

o l’ibuprofène, un analgésique

o la venlafaxine (VEN) un antidépresseur persistant

o le sulfamethoxazole (antibiotique persistant dans les eaux usées)

· l’atrazine un herbicide persistant qui n’est plus disponible commercialement pour usage résidentiel

Les résultats sont présentés au Tableau 4. On note un bruit de fond de carbamazépine, un médicament très persistant dans l’environnement, de très faibles concentrations de diclofénac à un site (EP1) et une valeur faible de caféine à un autre site (EP3). Des traces de carbamazépine avaient été détectées en 2008 dans la baie Nord du lac.

Des concentrations très faibles d’atrazine sont aussi détectées, ce qui est un peu surprenant en raison de l’absence d’activités agricoles dans le bassin versant du Lac Gervais. La norme québécoise de l’atrazine et de ses métabolites est beaucoup plus élevée que les niveaux observés, soit 3,5 ug/L soit 3500 ng/L. Les niveaux observés ne posent donc pas un risque pour la santé. L’atrazine est un herbicide interdit d’utilisation résidentielle depuis plusieurs années, il ne peut être utilisé qu’en agriculture au Canada. L’atrazine est assez persistant dans l’environnement mais il se dégrade dans plusieurs autres produits de décomposition. L’herbicide le plus utilisé maintenant est le glyphosate (Roundup) que l’on retrouve dans toutes les eaux de surface, mais qui n’a pas été mesuré dans cette étude.

En général, on trouve donc des traces de médicaments et un herbicide (atrazine) dans l’eau du lac qui sert aux riverains d’eau potable.

Tableau 4 Résultats des mesures de composés traces des échantillons d’eau potable – juillet 2012 – mesures par LC-MS/MS.

3 Conclusions

Comme beaucoup de riverains, nous consommons l’eau du lac comme eau potable. Boire une eau de lac directement, même sans occupation intense autour, comporte des risques d’infection qui peuvent être importants. Ce risque est plus grand si des mesures d’indicateurs fécaux montrent des concentrations élevées. C’est pour cela qu’il est interdit aux municipalités de distribuer de l’eau de lac sans un traitement adéquat de désinfection depuis plus de 15 ans, même si la source est protégée.


Même si l’eau du lac Gervais est faiblement contaminée par des indicateurs fécaux, il apparait prudent d’installer un système de traitement compte tenu des risques à consommer de l’eau sans désinfection. Plusieurs options sont possibles, mais une combinaison de filtre en cartouche qui enlève les particules fines suivi d’un système de désinfection aux rayons UV est très efficace.


La contamination chimique de l’eau du lac est faible mais son caractère agressif envers les métaux (plomb, cuivre) suggère qu’une vérification des matériaux de plomberie serait souhaitable pour les résidences dont la plomberie date d’avant 1990. Dans des résidences avec des matériaux contenant du plomb, particulièrement des conduites d’amenée du lac vers la maison en plomb, les concentrations en plomb pourraient dépasser largement les concentrations des normes d’eau potable actuelles. Dans ce cas, l’utilisation de filtres ou de pichets certifiés (pour l’abattement du plomb NSF/ANSI no 53) pourrait être considérée, particulièrement dans le cas de population vulnérables aux effets du plomb comme les jeunes enfants et les femmes enceintes.


La présence de traces de composés pharmaceutiques suggère une faible influence des fosses septiques. Les médicaments dans un petit bassin versant comme celui du lac Gervais proviennent probablement essentiellement des fosses septiques. Toutefois, on ne peut statuer sur la source des ces composés. Il est possible que les tributaires du lac Gervais, comme le lac Joly, soient déjà chargés de ces composés. Une vérification de ce qui entre et sort du Lac Gervais serait utile pour comprendre la source de ces contaminants. De plus, le fait que la contamination fécale bactérienne et que la caféine soit quasi-absente suggère que la contamination n’est pas récente ou de proximité. Finalement, dans le cas de l’atrazine, il serait donc intéressant d’identifier la source d’atrazine qui cause cette présence à faible concentration dans notre lac.



Le document en version pdf contient tous les détails . Pour les riverains ayant participé à l'échantillonnage, les résultats sont disponibles avec votre identification. N'hésitez pas a communiquer avec moi pour être identifié en me faisant la demande au michele.prevost@polymtl.ca.


 

Rapport qualité eau potable 2022
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